Avec des centaines de milliards de dollars en moins pour le financement du commerce mondial, des sauvetages bancaires équivalant à des nationalisations, le repli sur les marchés intérieurs et la sortie des banques moyennes des services internationaux, le paysage du financement du commerce international se transforme. Malgré ce contexte difficile, les activités bancaires et le financement du commerce international restent robustes - voire florissants au Canada. Alexander R. Malaket a rencontré les leaders du secteur canadien du financement du commerce international pour attirer les regards vers une oasis de prospérité sur la scène mondiale du financement commercial.
Le modèle bancaire canadien
Comme bien des pays, le Canada affronte une récession, s'efforce de préserver des secteurs importants de son économie comme l'automobile et cherche à contrer la spirale descendante de la demande mondiale de produits de base, comme le pétrole et le gaz.
Cependant, contrairement à plusieurs puissances économiques, le Canada ne connaît pas de crise financière exigeant des milliards de dollars en sauvetages publics, l'intervention de l'État dans l'exploitation des banques et des assureurs, des fusions et acquisitions forcées par la crise ou la réévaluation du modèle de réglementation des institutions financières.
Malgré leur proximité - géographique et commerciale - avec les États-Unis, les institutions financières et les investisseurs canadiens n'ont pas été entraînés dans la crise des prêts hypothécaires à risque et n'ont pas souffert autant que d'autres de l'évanouissement de la confiance sur les marchés interbancaires, qui a paralysé le crédit à l'échelle mondiale.
Le débat qui a sous-tendu la rencontre récente du G-20 à Londres - réglementation ou stimulation - n'a pas sa place au Canada, où le cadre réglementaire a toujours été et demeure à la fois efficace et prudent. Soucieux d'une saine administration, les dirigeants des banques et du secteur financier du pays ont souvent été critiqués pour leur conservatisme, leur lenteur et leur manque d'imagination. Cependant, durant la crise actuelle, le monde entier a salué la gestion soigneuse du secteur financier canadien par les organismes de réglementation et les dirigeants d'entreprise, et les Canadiens s'en sont réjouis sans vantardise.
Au Canada, les sociétés financières détiennent assez peu d'« actifs toxiques » et les ont comptabilisés, les activités des fonds de couverture non réglementés et axés sur le risque n'ont pas d'effet important sur le système, et le régime réglementaire est resté efficace tout au long de la crise. Il n'est pas surprenant que des conversations discrètes aient eu lieu entre les fonctionnaires canadiens et ceux de plusieurs pays voulant mieux réglementer leur secteur financier, et on ne s'étonnera pas que des retraités des organismes de réglementation des banques canadiennes aient obtenu de lucratifs mandats de conseils internationaux bien avant que la crise actuelle se répande comme une traînée de poudre à l'échelle mondiale.
C'est dans ce contexte que le financement du commerce international canadien évolue et pourrait gagner en notoriété, en maturité et en influence, tant au pays qu'à l'étranger.
Le financement du commerce international à la canadienne
Le commerce international canadien a toujours été très concentré; plus de 80 % des échanges se font avec les États-Unis et le marché est dominé par quelques grands secteurs et un nombre restreint d'intervenants de taille. De plus, les échanges intrasociétés demeurent une composante importante du commerce transfrontalier, et la plupart des opérations se faisaient à compte ouvert bien avant que cela devienne la norme ailleurs.
Le secteur canadien du financement du commerce international fait intervenir des sociétés de calibre mondial comme Bombardier et SNC Lavalin, chefs de file internationaux en transport et en ingénierie, et profite de la proposition de valeur unique offerte par Exportation et développement Canada (EDC), l'organisme de crédit à l'exportation (OCE) national reconnu comme l'un des meilleurs du monde.
Au pays, le financement du commerce international est surtout l'affaire des banques canadiennes. Quelques institutions étrangères uvrent sur ce marché, mais certaines se sont repliées sur leurs terres, redonnant en fait leur part du marché aux fournisseurs principaux. La plupart des banques canadiennes voient le financement du commerce international comme un service auxiliaire plutôt qu'un produit stratégique de base, et lient son sort à celui des services aux entreprises et du financement des opérations commerciales.
Une insuffisance chronique de services aux PME (qui persiste malgré la rhétorique entourant l'importance des petites entreprises pour le pays) a entraîné l'apparition et le développement de fournisseurs uniques de financement international comme Northstar Financement du Commerce International, partenariat innovateur dont les actionnaires sont des banques, des organismes publics et des entreprises privées.
Comme le souligne Scott Shepherd, président et chef de la direction de Northstar, dont le siège est en Colombie-Britannique : « Malgré que plusieurs institutions financières se soient retirées des services internationaux, Northstar conserve l'appui entier de tous ses actionnaires. Nous avons maintenu ou élargi nos facilités de crédit, et nous continuons d'offrir une proposition de valeur convaincante à nos clients. Nous travaillons activement à étendre nos capacités de financement des exportations à l'échelle internationale, sur le fondement du modèle canadien. »
Northstar a étendu son approche aux États-Unis, au Royaume-Uni, à l'Europe et à l'Australie; elle est l'une des trois seules sociétés de financement du monde admissibles au Ex-Im Bank Delegated Lending Authority Programme aux États-Unis. Son modèle d'affaires très fructueux se distingue également par son partenariat de 16 ans avec EDC au Canada.
Le financement du commerce international et la crise mondiale
Les fondamentaux sont plutôt sains au Canada; les déficits budgétaires créés pour stimuler l'économie ne devraient pas dégénérer en problème systémique, et la reprise devrait être plus rapide qu'ailleurs. Dans ce contexte, nos banques de financement du commerce international jouissent d'une image très positive et ont été approchées pour réduire le profil de risque de certaines opérations en confirmant des lettres de crédit (LC) ou même en émettant des LC au nom d'autres institutions moins robustes.
La « fuite vers la qualité » dans les services financiers a valu aux banques canadiennes de nouveaux clients dans ce domaine, au pays et à l'étranger. De fait, les banques solides ont réalisé des marges très intéressantes qui ont plus que compensé la réduction absolue du volume des opérations, dégageant des revenus records et illustrant de façon convaincante la nature contracyclique du financement du commerce international. L'intervention accrue de l'État provoquée par la crise suscite des opinions contradictoires, notamment en Amérique du Nord, mais au Canada, la conjoncture a créé une dynamique de complémentarité plus positive entre les banques et l'OCE national.
Malgré un partenariat de longue date, les banques éprouvaient du ressentiment envers EDC en qui elles voyaient un concurrent déloyal dans le financement du commerce international. À tous égards, la réaction de cet organisme et du gouvernement à la crise a été réfléchie et mesurée, et semble avoir instillé une énergie positive et créé un climat de confiance entre les principaux intervenants du marché. Ceci s'est traduit par la mise en place de solutions de risque et de financement efficaces dénuées de bureaucratie, qui mettent à profit les plateformes de prestation existantes des banques et les fonctions de mitigation d'un OCE de premier ordre.
Ce pourrait être là la principale conséquence à long terme de la crise pour le financement du commerce international au Canada. Au sein des institutions financières, ce secteur d'activité a pris du lustre, suscité plus d'intérêt parmi la haute direction et obtenu un soutien - y compris l'accès au crédit - qui lui a permis de grandir tandis que d'autres activités reculaient. Alors que le monde entier appelle à la réforme de Bâle II, le profil de capital favorable du financement du commerce international est enfin reconnu par les banquiers extérieurs à ce domaine au Canada. Le fait que les banques canadiennes ne soient pas distraites par des questions de personnel, de rémunération des dirigeants, de qualité du crédit et de fusions et acquisitions facilite évidemment cette prise de conscience.
Certains estiment que la nature fondamentale du financement du commerce international au Canada ne changera pas radicalement, mais d'autres entrevoient une transformation plus profonde. La Banque Scotia mise sur la vigueur de son réseau international pour tirer parti de la conjoncture actuelle. Comme le souligne son vice-président, Financement du commerce international et institutions financières en poste à Toronto, Eduardo Klurfan :
« Dans le financement du commerce international, nous passons d'une structure en étoile partant du Canada à un réseau réunissant les nombreux marchés que nous desservons. »
Cristian Mandachescu, vice-président, Services internationaux et institutions financières en poste à Toronto, abonde dans le même sens : « Le retrait de nombreux fournisseurs de financement du commerce international nous a donné l'occasion de progresser, tout en adoptant une approche très ciblée. En théorie, nous pourrions étendre nos activités à volonté. On nous a proposé une foule de possibilités de financement, mais nous gérons notre croissance avec retenue en insistant sur une gestion judicieuse des risques. »
Fortes de leur bilan, les banques canadiennes livrent maintenant concurrence à des institutions américaines, britanniques, néerlandaises et autres qui sont à toutes fins pratiques passées sous le contrôle de l'État et qui pourraient donc présenter un risque souverain. Pourtant, les Canadiens n'hésitent pas à faire connaître l'état de leur secteur et de leurs institutions et apprécient la possibilité de démontrer la santé et la transparence du système, au moment où la confiance joue un rôle capital dans l'évolution du marché.
La crise actuelle a renversé - au moins temporairement et assurément au Canada - la tendance à la marchandisation des offres de financement du commerce international observée depuis plusieurs années et la tendance plus récente à la désintermédiation des banques dans ce domaine.
Désormais, les sociétés et les banques sélectionnent attentivement leurs relations suivant une vision à long terme, et la tarification relationnelle est de mise sur le marché.
Les banquiers canadiens confirment le retour aux produits traditionnels de financement du commerce international, surtout les lettres de crédit documentaires, en raison de leurs propriétés d'atténuation du risque et de leurs options d'escompte et de financement. Les volumes d'escompte de LC sont à la hausse, et les banques canadiennes notent un passage net du financement basé sur le risque de société (prêts directs ou solutions de fonds de roulement) au financement basé sur le risque bancaire par les lettres de crédit et l'escompte de traites à terme.
Tout le monde s'entend pour dire que les activités bancaires, y compris le financement du commerce international, doivent rester axées sur le marché et réactives à la clientèle, au lieu d'être influencées par des demandes artificielles de prêt en l'absence de demande ou aux dépens de la qualité. Les banquiers canadiens soulignent poliment qu'ils semblent avoir adopté la bonne attitude en fait de gestion judicieuse et d'octroi prudent du crédit.
Des occasions dans le sillage de la crise?
Le retour aux produits traditionnels sonne-t-il le glas de l'esprit d'innovation qui commençait à poindre dans le financement du commerce international? La crise mondiale peut rendre tentant de revenir aux modèles de longue date, mais l'équipe du financement du commerce international de la Banque de Montréal (BMO) juge impératif de continuer à innover.
Comme le souligne Sara Joyce, première directrice générale, Financement du commerce international de la BMO à Toronto : « La crise a amené bien des détaillants et des fabricants à devenir plus conscients de la nécessité de soutenir leurs fournisseurs clés qui éprouvaient des problèmes d'accès au financement avant et après expédition. De plus, nos clients doivent continuer de réduire leurs coûts et leur temps de cycle, et de libérer des fonds de roulement pour d'autres fins. Toujours soucieux d'offrir des propositions de valeur tangibles autour du financement de la chaîne d'approvisionnement et des achats à compte ouvert, nous travaillons en étroite collaboration avec nos partenaires internes et externes pour mettre au point des solutions intégrées de fonds de roulement répondant à une vaste gamme de besoins de la clientèle. »
La BMO constate aussi un plus grand intérêt pour ses services de financement du commerce international aux États-Unis, y compris par l'entremise de sa filiale Harris Bank, comme le confirme Craig Travelstead, responsable des ventes de ce secteur aux États-Unis en poste à Chicago : « On nous demande de plus en plus de confirmer des LC émises par de grandes banques américaines et d'émettre des LC au nom d'institutions régionales de taille intermédiaire. Notre solidité financière, et une innovation permanente dans les produits de chaîne d'approvisionnement et de compte ouvert, font en sorte qu'on pense à nous lorsqu'il est question de nouvelles possibilités de financement du commerce international, au-delà de notre clientèle traditionnelle. »
Au Canada, les services bancaires commerciaux et le financement du commerce international affichent une santé, un potentiel et une énergie positive qui reflètent ceux du secteur financier du pays. Les principaux fournisseurs étendent activement leurs capacités, continuent d'innover et comblent délibérément l'écart qui existe entre les produits traditionnels et les solutions de financement du commerce international de demain.
On voudra pour illustration convaincante de la solidité du secteur la réussite d'un petit fournisseur spécialisé - Nextrade Finance - affilié à la Saskatchewan Trade & Export Partnership (STEP), organisme provincial de promotion du commerce. La Saskatchewan, qui compte tout juste plus d'un million d'habitants, est récemment devenue le principal exportateur canadien per capita et prospère malgré la crise mondiale. Cette province de l'Ouest canadien est peut-être le seul territoire d'Amérique du Nord à prévoir un excédent budgétaire, et Nextrade Finance offre un appui tout aussi remarquable aux plus petites PME qui veulent obtenir un financement pour leurs opérations internationales. Le soutien du financement accordé par Nextrade, surtout sous forme d'affacturage à faible coût, a dépassé les 10 millions de dollars canadiens, à raison de 45 000 $ à 60 000 $ en moyenne par opération.
Comme l'indique sa directrice, Financement international et logistique, Angela Wasylynka : « Nous recherchons les rendements positifs, mais notre mandat public de soutien des petites entreprises occupe une place fondamentale dans la valeur que nous offrons à nos clients. Le montant et la teneur des opérations que nous facilitons ne nous font pas entrer en concurrence avec les banques et les fournisseurs traditionnels. Nous aidons plutôt les nouveaux exportateurs de la Saskatchewan à atteindre le niveau où ils pourront passer à des relations bancaires plus traditionnelles .» Comme c'est le cas des grandes opérations de financement du commerce international au pays, EDC et les assureurs privés jouent un rôle de soutien essentiel et bien accueilli dans ce segment spécialisé du marché axé sur les PME.
Le Canada est ouvert aux affaires
Une impression dominante ressort de ce survol du financement du commerce international au Canada : ce secteur est ouvert aux affaires. Plusieurs qualités - du cadre réglementaire à la notoriété croissante du domaine, en passant par une meilleure dynamique entre les banques et l'organisme national de crédit à l'exportation - se conjuguent pour faire du Canada une oasis de prospérité dans le monde du financement du commerce international.
Le Canada est ouvert aux affaires dans le financement du commerce international; dans ce domaine comme dans d'autres secteurs où il affiche une bonne santé relative malgré la crise, le pays a l'occasion de se tailler une place plus grande que celle que lui confère sa taille sur la scène mondiale.
Reproduit de TRADE FINANCE Mai 2009